L’envers du décor

TRip de famille

Le retour. Pas si simple que ça en a l’air. Je dirais même pas mal difficile. Pas que le voyage a été simple non plus, loin de là, mais on avait été piqué par le grandiose, le magnifique et les émotions à la puissance 10. C’était tout simplement exaltant. On avait retrouvé l’essentiel des choses: à vivre à six dans un motorisé, on apprend vite que tout ce qui était si “vital” à notre bonheur à la maison ne l’était plus nécessairement sur la route.

On vivait le moment présent en toute conscience. Le bonheur de rouler en regardant mes enfants, le vent soufflant dans leur cheveux, paisibles, affairées à écrire, écouter de la musique, à lire ou simplement à regarder le paysage qui défilait devant leurs yeux et ressentir une grande plénitude en me disant “Que c’est beau, que c’est bon !” Les petits moments précieux à inventer des histoires autour du feu, calés dans nos chaises, une doudou sur les genoux sous un ciel rempli d’étoiles brillantes et me taire un moment pour réaliser que ce moment sera gravé dans nos coeurs à tout jamais. Être conscient. De tout. Tout le temps.

Maintenant on se réapproprie notre ancienne vie; celle des obligations, des rendez-vous, des conformités. Je me dit : “C’est pas possible d’avoir vécu si intensément, d’avoir tant appris et retourner dans nos vieilles pantoufles… même plus confortables”. On se sent à l’étroit, on a l’impression de rentrer dans un moule qui n’est plus le nôtre. On réintègre un espace bien défini par des habitudes, par une routine dont on ne veut plus vraiment, qui ne nous appartient plus.

Pourtant on avait tous très hâte de revenir au bercail. Revoir notre monde, se tremper dans la saveur locale, notre chez-nous, d’entendre parler français, revoir l’hiver, retrouver nos effets personnels. On avait hâte de se poser pour un temps.

Notre retour fût comme un tourbillon. On était les “vedettes locales”. On parlait du voyage à tout moment. Tout le monde voulait entendre les péripéties de l’aventure, l’organisation d’une telle virée, comment s’était déroulée l’école sur la route, combien de km on avait parcouru en tout, combien d’essence ça nous avait coûté, etc. On aimait en parler, ça gardait l’aventure bien vivante. À un moment donné, on a senti qu’il fallait lâcher un peu. Ça devenait redondant. On n’était pas que cela après tout. Mais on n’était pas parti deux semaines… Après un an, la route c’était maintenant devenu nous. On s’était complètement identifié à elle. On s’était véritablement liée à elle.

Le temps a passé et on s’est installé. On a amarré le navire au quai. Notre maison étant louée jusqu’en octobre, on a jeté l’ancre à Waterloo. On a doucement apprivoisé la nouvelle ville, visité ses commerces, inscrit les filles à des activités. On y travaille. On y étudie. Mais on s’y sent étranger. Même son de cloche à Ange-Gardien, là où nous avons vécu dix ans, là où se trouve notre maison. On y a plein de beaux souvenirs mais on dirait que tout ça fait parti d’un chapitre qui s’est terminé. Étrangers chez soi. Étrangers là-bas. Pas d’ancrage. On dirait qu’on flotte partout où on passe. En constante mouvance.

 

On s’est mis à douter de soi, de la façon d’aborder la vie. Qu’est-ce qu’on voulait ? Pourquoi était-ce si difficile de continuer d’être nous-même ? On est tous, chacun à notre façon, rentré dans notre coquille. On n’avait plus notre allant, notre entrain pour entreprendre quoi que ce soit. La peur, la crainte, le doute nous ankyilosait.  On perdait notre petite étincelle, cette aisance qu’on avait de suivre notre instinct, de se faire confiance et de profondément croire que tout était possible. On aurait dit que tout était désaccordé, comme un vieux piano.

 

Et puis on a fait ce qu’on fait de mieux. On s’est installé un bon soir dans la cuisine, tous les six. Manquait que le feu de camp et les guimauves. Et on a jasé, jasé, jasé. De ce qu’on voulait, de ce qu’on attendait, de ce qu’on vivait. On s’est rappelé les bons souvenirs du voyage, ce qu’on avait appris, ce qu’on avait accompli durant cette belle année. Le bon comme le moins bon. La petite flamme s’est rallumée et la petite étincelle est apparue au fond de nos yeux.

 

Apprendre autant sur soi-même en étant loin de tout, c’est une chose. Le mettre en pratique au retour, c’en est une autre. On a terminé la théorie, maintenant on est rendu à l’étape pratique. Alors respirons un grand coup.

 

Tout ira bien.

7 Comments

  1. Jean-Claude sur mars 22, 2019 à 6:23

    Je suis impressionné par la sagesse que vous démontrez tous et surtout: toutes. Je lien familial est si fort que vous pouvez aller à l’assaut de n’importe quoi et aussi défendre et protéger votre trésor. Il y a toujours, dans la dualité deux faces à une médaille; la vôtre est en or et ne peut que vous attirer ce qu’il y a de meilleur.
    Bonne route

    • Anne-Marie Côté sur mars 23, 2019 à 5:16

      Quel bonheur de vous lire ce matin !! Des paroles qui nourrissent mon âme ! Il y a une phrase qui me guide quand tout tourbillonne trop fort, c’est que la vie saura toujours souffler derrières les ailes de ceux qui veulent voler… Et ça peut s’exprimer de différentes façons, dont vos paroles si bienveillantes ce matin qui me donnent énergie, joie et détermination. Merci, merci, merci !

  2. Linda sur mars 24, 2019 à 1:46

    What an amazing family and an amazing journey. Moving forward you have many pages to fill in your book of life. I am so glad Karen and I had the opportunity to be part of your journey….and we can’t wait to see what adventures lie ahead waiting to be uncovered.

    Love and sunshine,
    Linda

    • Anne-Marie Côté sur mars 24, 2019 à 10:49

      Dear Linda,
      As you know, Karen and you are an important part of this « life changing moment ». Just by being your neighbors (;)) and spending time together, you taught us so many beautiful lessons of life! The most important one is that with love we get over everything. When we are surrounded by unconditional love we can become 100% ourselves. We cannot wait to get back on the road and see you in Brooksville or… on a stage, somewhere, listening to your wisdom!

  3. Sophie sur mars 24, 2019 à 12:04

    Nous sommes parti durant 4 mois l’an dernier. J’aurais pu écrire cet article! Ce qui m’a sauvé, c’est possiblement le 2 mois de congé durant l’été qu’il me restait avant de reprendre la tornade, là où je l’avais laissée. De ce voyage, c’est le sentiment de liberté que je retiens de plus grand. Nous avons repris le rythme, qui m’étourdis parfois. Je retournerai un jour. On y arrive, un jour à la fois. Avec la richesse intérieur de ce petit espace qui contient nos souvenirs.

    • Anne-Marie Côté sur mars 24, 2019 à 2:04

      Ces voyages, on y prend goût. C’est si enrichissant sur le plan personnel, si ressourçant. Une fois qu’on y a goûté, on peut difficilement s’en passer. Je vous souhaite encore bien de beaux voyages en famille et de poursuivre votre belle aventure ! 🙂

  4. Normande Sicotte sur mars 29, 2019 à 2:49

    Chère Anne-Marie, C’est toujours aussi intéressant de te lire !!! Et quelle analyse lucide tu fais du retour de votre aventure ! C’est aussi tellement important pour vous tous pour pouvoir continuer de grandir à travers tout ça ! Bravo et Merci !!! Nous t’aimons ; nous vous aimons !!!!!!

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